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En
matière de récupération de vieux papier, la Suisse n'a pas à rougir
de sa performance : avec 150 kg par personne et par an *, elle se situe
en troisième position sur le plan mondial, derrière l'Allemagne et
l'Autriche.
Cet
effort fourni par les ménages et les entreprises est très utile du
point de vue économique. Parce que la fabrication de papier à partir
de "déchets" coûte beaucoup moins cher qu'à partir d'arbres
fraîchement coupés ou de copeaux de bois. La réutilisation du vieux
papier permet aussi aux communes d'économiser sur le budget de la
destruction des ordures par incinération. Les gains sont aussi
importants sur le plan écologique, puisqu'il faut moins d'énergie pour
faire du papier recyclé, et puisqu'on limite du même coup les
émanations de gaz nocifs dûs à l'incinération.
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La dernière statistique date de 1999
La
majorité reste au pays
Une
fois trié et conditionné pour le transport, le vieux papier et le
vieux carton retrouvent une valeur marchande : le prix moyen à
l'exportation varie entre 50 et 300 francs la tonne, selon la qualité.
Ainsi, en 1999, on en a récupéré sur le territoire helvétique 1,1
million de tonnes, ce qui fait une somme de plus de 100 millions de
francs !
Toutefois,
une nette majorité de ce papier (79 %) reste au pays, où il alimente
des entreprises comme la Papeterie et cartonnerie de Moudon (VD). Seule
dans son genre en Suisse romande, cette usine utilise exclusivement du
vieux papier qu'elle transforme en immenses bobines destinées à la
confection d'emballages. Comme l'explique Hubert Dutoit, l'un de ses
responsables : "Depuis sa fondation en 1956, notre entreprise n'a
jamais utilisé autre chose. La majeure partie de ce que nous recevons
provient des ménages et des entreprises de Vaud et de Fribourg. Mais il
n'est pas rare de recevoir des livraisons en provenance d'autres cantons
ou même de l'étranger. En fait, l'origine de cette matière première
n'a pas une grande importance pour nous. Seules comptent la qualité -
dont nous sommes en général très satisfaits - et la quantité."
Comme
une pâte à pain
La
papeterie reçois quatre ou cinq qualités de papier à recycler, allant
du carton brun ou gris jusqu'au papier blanc immaculé. Cette dernière
catégorie regroupe de déchets de papeterie ou d'imprimerie, souvent en
provenance de l'étranger.
Quel
que soit leur statut, tous ces papiers subissent le même sort à
Moudon. Ils sont d'abord broyés, chauffés et copieusement arrosés
d'eau afin de former une masse dont la consistance rappelle la pâte à
pain. C'est à ce stade que les agrafes, trombones et autres déchets
métalliques qui auraient échappé à la vigilance des recycleurs sont
éliminés par centrifugation. Dans certains cas, la masse subit aussi
un désencrage, au moyen de produits chimiques (détergents et alcalis).
Puis
cette pâte est aplatie au moyen d'immenses rouleaux métalliques à la
sortie desquels une mince couche d'environ 2,50 m. de large se dépose
sur un tapis roulant chauffé. A ce stade, la masse contient environ 70
% d'eau : elle va s'évaporer petit à petit pendant le parcours sur le
tapis roulant...
Pas
de plastique !
"Notre bête noire,
c'est le plastique sous toutes ses formes", explique Hubert Dutoit.
"Comme la feuille de papier recyclé en cours de fabrication est
fortement tendue lors de son passage à travers l'appareillage, le
moindre corps étranger est susceptible de produire une rupture lourde
de conséquences..."
C'est pourquoi les
princpaux fournisseurs de vieux papiers en Suisse romande accordent tant
d'importance au tri. La tâche délicate consistant à séparer le
papier et le carton de ses contaminants (plastique, sagex, éléments
métalliques, etc.) échoit principalement aux entreprises
Thévenaz-Leduc (Ecublens, VD), Papirec (Carouge, GE) et Retripa
(Crissier, VD).
- "Nous recevons
des déchets, et nous les transformons en une matière première
utilisable pour l'industrie papetière suisse et étrangère",
résume avec fierté Sergio Perotti, de Thévenaz-Leduc.
Pourtant tout n'est pas
rose, car les recycleurs ont leurs ennemis jurés : outre le plastique,
ils craignent les berlingots de lait, de jus d'orange et autres thés
froids. "Il faut absolument éviter de mettre au vieux papier tous
les emballages composites, c'est-à-dire ceux qui comportent du
papier associé à du plastique ou à de l'aluminium", souligne
Sergio Perotti.
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Un produit
d'exportation
Cela dit, bon nombre de
vieux papiers récoltés en Suisse ne sont pas recyclés sur le
territoire national. Puisque toutes les papeteries du pays se trouvent
en Suisse alémaniques (à l'exception de celle de Moudon), les cantons
de Genève et du Tessin, par exemple, expédient la quasi-totalité de
leur collecte vers les pays limitrophes. C'est surtout pour les journaux
et les magazines que la Suisse se profile en nation exportatrice. Mais
sur l'ensemble des différentes catégories de vieux papier, elle
importe un peu plus qu'elle exporte : 291'000 tonnes contre 282'000
tonnes l'an dernier.
Marché
dynamique et instable
Dès
lors, on comprend qu'il existe un marché international du vieux papier
qui, comme celui du papier en général, s'avère à la fois dynamique
et instable. Mondialisation oblige, cela influence les affaires en
Suisse. Ainsi, en 1995, les recycleurs achetaient le vieux papier aux
communes helvétiques pour un prix variant entre 50 et 80 francs la
tonne. Mais en 1997-1999, la situation s'est inversée : les communes
ont dû payer les récupérateurs, à raison de 30 à 50 francs la tonne
! Ce qui reste toutefois moins cher que les frais d'incinération, qui
s'élèvent à 200.- francs par tonne, au minimum.
Dès
le printemps 2000, les cours du vieux papiers sont repartis à la
hausse, et les communes suisses pouvaient de nouveau espérer être
payées. Mais depuis lors, les prix se sont effrités à nouveau. La
cause de cette instabilité est à chercher bien loin de nos Alpes,
notamment dans une "crise du papier" qui prend son origine
dans... le sud-est asiatique !
Sous
l'influence de la Chine
Ulrich
Egger, de Papirec SA, explique : "En ce moment, le marché
international est dominé par des pays comme l'Indonésie et la Chine.
Leur évolution économique est favorable, et ils ont absolument besoin
de vieux papier pour imprimer leurs journaux. La Suède et la Norvège
sont aussi très demandeurs. Certes, ces pays disposent de forêts à
profusion, et exportent beaucoup de papier neuf. Mais ils ont besoin de
fibres usagées pour pouvoir produire du papier journal à moindre
coût, et rentabiliser leurs installations de recyclage de très grande
capacité."
Et
pourtant, le marché du papier avait déjà connu un essor considérable
avant le boom de l'an passé. Entre 1994 et 1999, en effet, la
production suisse de papier (toutes catégories confondues) a augmenté
de 25 %, les importations de 22 %, et les exportations de 41 %.
Parallèlement, la consommation suisse de papier et de carton passait de
214 à 240 kg par personne et par an (+ 12 %).
On
peut faire encore mieux
On
n'a donc jamais consommé autant de papier. Comment va-t-on recycler
tout cela ? Les experts s'accordent pour dire que le taux de recyclage
du carton et du papier, qui est actuellement d'environ 65 % en Suisse,
pourra un jour s'élever à 70 %, comme en Allemagne. Mais il sera
difficile d'aller au-delà. Pour parvenir à récupérer ces 5 %
supplémentaires, on pourrait installer des points de recyclage dans les
gares, comme c'est déjà le cas outre-Rhin.
Mais
même du vieux papier constitué uniquement de journaux et de magazines
("le rêve", selon les recycleurs !) ne peut pas être haché
et reconstitué éternellement, puisque les fibres s'affaiblissent à
chaque tour de recyclage. C'est pourquoi le papier journal utilisé
aujourd'hui en Suisse est composé d'un mélange de 80 % de vieux papier
et de 20 % de fibres fraîches, obtenues en broyant du bois.
Lorsqu'on
sait que le prix du papier compte pour environ 10 % du prix d'un
journal, on peut en conclure que l'utilisation de papier recyclé permet
la survie de certains éditeurs. Et si l'entrain des citoyens pouvait
contribuer au maintien de la diversité de la presse en Suisse ?
Derek
Christie
Attention,
à
ne pas mettre au vieux papier, car ils nuisent au recyclage (!) :
les
barquettes en polymère expansé (du genre "Sagex"), les
pochettes de photos en plastique, les "briques" de jus et de
lait.
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