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Où vont nos montagnes de vieux papier ?

Dossier paru dans le magazine Energie - Environnement (été 2001), reproduit avec l'aimable autorisation (01.06.2001) de Communication in Science - CH-1205 Genève (http://www.inScience.ch)

En matière de récupération de vieux papier, la Suisse n'a pas à rougir de sa performance : avec 150 kg par personne et par an *, elle se situe en troisième position sur le plan mondial, derrière l'Allemagne et l'Autriche.

Cet effort fourni par les ménages et les entreprises est très utile du point de vue économique. Parce que la fabrication de papier à partir de "déchets" coûte beaucoup moins cher qu'à partir d'arbres fraîchement coupés ou de copeaux de bois. La réutilisation du vieux papier permet aussi aux communes d'économiser sur le budget de la destruction des ordures par incinération. Les gains sont aussi importants sur le plan écologique, puisqu'il faut moins d'énergie pour faire du papier recyclé, et puisqu'on limite du même coup les émanations de gaz nocifs dûs à l'incinération.

* La dernière statistique date de 1999

La majorité reste au pays

Une fois trié et conditionné pour le transport, le vieux papier et le vieux carton retrouvent une valeur marchande : le prix moyen à l'exportation varie entre 50 et 300 francs la tonne, selon la qualité. Ainsi, en 1999, on en a récupéré sur le territoire helvétique 1,1 million de tonnes, ce qui fait une somme de plus de 100 millions de francs !

Toutefois, une nette majorité de ce papier (79 %) reste au pays, où il alimente des entreprises comme la Papeterie et cartonnerie de Moudon (VD). Seule dans son genre en Suisse romande, cette usine utilise exclusivement du vieux papier qu'elle transforme en immenses bobines destinées à la confection d'emballages. Comme l'explique Hubert Dutoit, l'un de ses responsables : "Depuis sa fondation en 1956, notre entreprise n'a jamais utilisé autre chose. La majeure partie de ce que nous recevons provient des ménages et des entreprises de Vaud et de Fribourg. Mais il n'est pas rare de recevoir des livraisons en provenance d'autres cantons ou même de l'étranger. En fait, l'origine de cette matière première n'a pas une grande importance pour nous. Seules comptent la qualité - dont nous sommes en général très satisfaits - et la quantité."

Comme une pâte à pain

La papeterie reçois quatre ou cinq qualités de papier à recycler, allant du carton brun ou gris jusqu'au papier blanc immaculé. Cette dernière catégorie regroupe de déchets de papeterie ou d'imprimerie, souvent en provenance de l'étranger.

Quel que soit leur statut, tous ces papiers subissent le même sort à Moudon. Ils sont d'abord broyés, chauffés et copieusement arrosés d'eau afin de former une masse dont la consistance rappelle la pâte à pain. C'est à ce stade que les agrafes, trombones et autres déchets métalliques qui auraient échappé à la vigilance des recycleurs sont éliminés par centrifugation. Dans certains cas, la masse subit aussi un désencrage, au moyen de produits chimiques (détergents et alcalis).

Puis cette pâte est aplatie au moyen d'immenses rouleaux métalliques à la sortie desquels une mince couche d'environ 2,50 m. de large se dépose sur un tapis roulant chauffé. A ce stade, la masse contient environ 70 % d'eau : elle va s'évaporer petit à petit pendant le parcours sur le tapis roulant...

Pas de plastique !

"Notre bête noire, c'est le plastique sous toutes ses formes", explique Hubert Dutoit. "Comme la feuille de papier recyclé en cours de fabrication est fortement tendue lors de son passage à travers l'appareillage, le moindre corps étranger est susceptible de produire une rupture lourde de conséquences..."

C'est pourquoi les princpaux fournisseurs de vieux papiers en Suisse romande accordent tant d'importance au tri. La tâche délicate consistant à séparer le papier et le carton de ses contaminants (plastique, sagex, éléments métalliques, etc.) échoit principalement aux entreprises Thévenaz-Leduc (Ecublens, VD), Papirec (Carouge, GE) et Retripa (Crissier, VD).

- "Nous recevons des déchets, et nous les transformons en une matière première utilisable pour l'industrie papetière suisse et étrangère", résume avec fierté Sergio Perotti, de Thévenaz-Leduc.

Pourtant tout n'est pas rose, car les recycleurs ont leurs ennemis jurés : outre le plastique, ils craignent les berlingots de lait, de jus d'orange et autres thés froids. "Il faut absolument éviter de mettre au vieux papier tous les emballages composites, c'est-à-dire ceux qui comportent du papier associé à du plastique ou à de l'aluminium", souligne Sergio Perotti.

Un produit d'exportation

Cela dit, bon nombre de vieux papiers récoltés en Suisse ne sont pas recyclés sur le territoire national. Puisque toutes les papeteries du pays se trouvent en Suisse alémaniques (à l'exception de celle de Moudon), les cantons de Genève et du Tessin, par exemple, expédient la quasi-totalité de leur collecte vers les pays limitrophes. C'est surtout pour les journaux et les magazines que la Suisse se profile en nation exportatrice. Mais sur l'ensemble des différentes catégories de vieux papier, elle importe un peu plus qu'elle exporte : 291'000 tonnes contre 282'000 tonnes l'an dernier.

Marché dynamique et instable

Dès lors, on comprend qu'il existe un marché international du vieux papier qui, comme celui du papier en général, s'avère à la fois dynamique et instable. Mondialisation oblige, cela influence les affaires en Suisse. Ainsi, en 1995, les recycleurs achetaient le vieux papier aux communes helvétiques pour un prix variant entre 50 et 80 francs la tonne. Mais en 1997-1999, la situation s'est inversée : les communes ont dû payer les récupérateurs, à raison de 30 à 50 francs la tonne ! Ce qui reste toutefois moins cher que les frais d'incinération, qui s'élèvent à 200.- francs par tonne, au minimum.

Dès le printemps 2000, les cours du vieux papiers sont repartis à la hausse, et les communes suisses pouvaient de nouveau espérer être payées. Mais depuis lors, les prix se sont effrités à nouveau. La cause de cette instabilité est à chercher bien loin de nos Alpes, notamment dans une "crise du papier" qui prend son origine dans... le sud-est asiatique !

Sous l'influence de la Chine

Ulrich Egger, de Papirec SA, explique : "En ce moment, le marché international est dominé par des pays comme l'Indonésie et la Chine. Leur évolution économique est favorable, et ils ont absolument besoin de vieux papier pour imprimer leurs journaux. La Suède et la Norvège sont aussi très demandeurs. Certes, ces pays disposent de forêts à profusion, et exportent beaucoup de papier neuf. Mais ils ont besoin de fibres usagées  pour pouvoir produire du papier journal à moindre coût, et rentabiliser leurs installations de recyclage de très grande capacité."

Et pourtant, le marché du papier avait déjà connu un essor considérable avant le boom de l'an passé. Entre 1994 et 1999, en effet, la production suisse de papier (toutes catégories confondues) a augmenté de 25 %, les importations de 22 %, et les exportations de 41 %. Parallèlement, la consommation suisse de papier et de carton passait de 214 à 240 kg par personne et par an (+ 12 %).

On peut faire encore mieux

On n'a donc jamais consommé autant de papier. Comment va-t-on recycler tout cela ? Les experts s'accordent pour dire que le taux de recyclage du carton et du papier, qui est actuellement d'environ 65 % en Suisse, pourra un jour s'élever à 70 %, comme en Allemagne. Mais il sera difficile d'aller au-delà. Pour parvenir à récupérer ces 5 % supplémentaires, on pourrait installer des points de recyclage dans les gares, comme c'est déjà le cas outre-Rhin.

Mais même du vieux papier constitué uniquement de journaux et de magazines ("le rêve", selon les recycleurs !) ne peut pas être haché et reconstitué éternellement, puisque les fibres s'affaiblissent à chaque tour de recyclage. C'est pourquoi le papier journal utilisé aujourd'hui en Suisse est composé d'un mélange de 80 % de vieux papier et de 20 % de fibres fraîches, obtenues en broyant du bois.

Lorsqu'on sait que le prix du papier compte pour environ 10 % du prix d'un journal, on peut en conclure que l'utilisation de papier recyclé permet la survie de certains éditeurs. Et si l'entrain des citoyens pouvait contribuer au maintien de la diversité de la presse en Suisse ?

Derek Christie

 

 

 

Attention, à ne pas mettre au vieux papier, car ils nuisent au recyclage (!) :

les barquettes en polymère expansé (du genre "Sagex"), les pochettes de photos en plastique, les "briques" de jus et de lait.

Le recyclage du vieux papier  

Une seule année de récupération !

En Suisse, on récupère chaque année 1,1 million de tonnes de vieux papier. Imaginons que tout cela forme une seule pile de la largeur d'un annuaire téléphonique ou d'un journal plié en deux : cette pile aurait à peu près 25'000 kilomètres de haut, soit environ deux fois le diamètre de la Terre !

Moins d'énergie, moins d'eau, moins de pollution

Si l'on fait le compte de l'energie, de l'eau et des produits chimiques nécessaires pour fabriquer un kilo de papier, le "100 % recyclé" est champion toutes catégories !

La fabrication de papier 100 % recyclé demande seulement 0,5 kWh d'energie par kilo, contre 1,4 à 1,7 kWh pour les différentes catégories de papier neuf.

La différence est aussi spectaculaire au niveau de la consommation d'eau : un kilo de papier neuf exige entre 17 et 87 litres d'eau suivant sa qualité. Le 100 % recyclé n'a besoin que de 1,1 litre.

La pollution engendrée par la fabrication est également moindre pour le recyclé, car on peut se passer d'une série de produits toxiques pour le traitement des papier neufs : chlore, mercure, acide sulfurique, mercaptène ou acide chlorhydrique.

 

 

 

 

 

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Copyright © 2000 Ph. Pichon - CH - 1512 Chavannes-sur-Moudon                Dernière modification : 29 mars 2001

 

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